On a tort de croire que la surcharge émotionnelle touche uniquement les personnes qui ressentent "trop". Je crois qu'elle apparaît surtout lorsqu'on passe des années à retenir ce qu'on ressent.
Tu sais à force de minimiser les choses, de s'adapter et surtout de dire : « Ce n'est pas grave. »
Pendant longtemps, j'ai cru que cette phrase était une preuve de maturité.
Aujourd'hui, je pense qu'elle est parfois le prix qu'on paie pour rester acceptable.
J'aimerais te montrer pourquoi.
Prépare toi à lire une histoire un peu particulière autour du “Ce n’est pas grave”.
Si tu as envie de suivre l’Explo-Raton, prépare ton café, ton plaid et installe toi confortablement 😊
(Temps de lecture : 6 minutes)
Elle aurait dû partir au moment où leurs genoux sont entrés en contact.
Parce qu’au fond, il n’y a pas que la bière qui a débordé dans cette soirée.
La musique était trop forte et elle regrettait déjà d’être venue.
Quand elle avait reçu l’invitation, elle avait hésité. Parce qu’elle était fatiguée, mais refuser lui avait semblé plus compliqué que de venir.
Alors elle était là.
Enfoncée dans un canapé beaucoup trop moelleux, un verre entre les mains, essayant de se convaincre qu’elle finirait peut-être par passer une bonne soirée.
C’est là qu’il s’était assis à côté de Salomé.
Plutôt bel homme, souriant et à l’aise. Trop à l’aise. Parce que leurs genoux s’étaient touchés presque immédiatement. Elle avait souri par réflexe, puis elle s’était discrètement décalée vers l’accoudoir pour garder son espace.
Il ne semblait pas l’avoir remarqué.
Autour d’eux, la conversation dériva vers le dernier “Réel” à la mode. Tout le monde semblait avoir quelque chose à dire dessus, mais pas elle. Elle hochait parfois la tête au bon moment et n’écoutait que d’une oreille.
Lui et les autres parlaient fort.
À cause de la chaleur humaine de la soirée, le tissu du canapé collait peu à peu à sa peau.
La musique sembla monter encore d’un cran ce qui crépitait dans les oreilles de Salomé. Et ce beau mec continuait de frôler ses genoux. Alors elle souffla discrètement par le nez et recula encore un peu.
Puis il y eut le verre.
Dans un mouvement brusque, suite à un rire trop fort, le liquide froid arriva sur sa cuisse. Elle baissa les yeux consternés.
La bière s’étalait lentement sur son jean coloré avant de goutter sur le parquet pendant que le verre roulait encore au sol.
— Oh merde, pardon ! J’ai pas fait gaffe. Ça va ?
Son champ de vision se rétrécit un instant.
— Ce n’est pas grave.
Sa voix était sortie plus sèche qu’elle ne l’aurait voulu. Elle se leva rapidement et traversa le chalet jusqu’à la salle de bain.
Une fois le *clic* du verrou enclenché, le silence retomba d’un coup. Enfin… presque. La musique vibrait encore derrière les murs et des éclats de rire traversaient la porte.
Après une brève inspiration, elle chercha du regard quelque chose qui pouvait sécher son jean. Elle attrapa par dépit du papier toilette et tamponna son jean humide devant le miroir. L’odeur de bière lui donnait envie de rentrer chez elle.
Elle regarda son reflet quelques secondes et eut une hésitation.
Salomé pensa à la personne qui l’avait invitée. Au fond, partir maintenant serait bizarre et malpoli. Alors elle inspira profondément et retourna s’asseoir à "sa" place sur le canapé.
Cette fois, elle s’était servi un verre, pour essayer de "rentrer dans l’ambiance".
La soirée continua. Elle riait parfois. Pas vraiment parce qu’elle trouvait ça drôle, mais plutôt parce que ça semblait être le bon moment pour rire.
Lui, prenait de plus en plus de place :
• Dans le canapé
• Dans les conversations
• Dans le brouhaha ambiant
Chaque fois que leurs genoux se frôlaient, Salomé se décalait un peu plus vers l’accoudoir.
Puis, il finit par éclater de rire encore une fois. Mais cette fois, c’était trop. Trop fort. Trop près. Et quelque chose céda au fond de Salomé.
Elle posa une main sur son avant-bras pour qu’il se tourne vers elle. Il se retourna vers elle en souriant, ce qui contrastait avec le visage fermé de Salomé.
— C’est bon ? J’te dérange pas là ?
Le sourire du mec vacilla en l’espace d’une seconde.
— Bah si t’es pas contente, t’as qu’à t’en aller.
La musique venait de se couper. Et d’un coup, tous les regards étaient sur elle.
Son ventre se serra immédiatement.
— T’inquiète. Je vais arrêter de déranger.
Elle se leva du canapé et se précipita vers la première porte sur son chemin et la referma immédiatement. Elle ouvrit la fenêtre.
Dans la pénombre de la nuit, l’air frais de l'extérieur lui rafraîchit ses joues et calma un peu son cœur qui tambourinait encore dans sa poitrine.
Ses oreilles bourdonnaient encore.
La scène tournait déjà en boucle dans sa tête :
• Pourquoi elle n’avait rien dit plus tôt ?
• Pourquoi elle avait attendu d’exploser pour partir ?
• Pourquoi elle avait encore l’impression d’être le problème ?
Au fond, Salomé ne le savait pas encore, mais ce “Ce n’est pas grave” venait de lui ouvrir des portes...
Découvre la suite des Aventu-Raton de Salomé dans la partie 2 : "Tu aurais dû le dire"